Vendredi 8 février s’est tenue à Paris la première synthèse des états généraux de l’organisation de la santé (EGéOS), en présence de la ministre de la santé, madame Roselyne Bachelot-Narquin.
Tout a commencé par la présentation conjointe par madame Annie Podeur (directrice de la DHOS [1]) et le professeur Yvon Berland (président de l’ONDPS [2]) du « diagnostic partagé » de l’actuel problème de démographie médicale et de son corollaire : l’impérieuse nécessité en France de réformer les conditions de formation, d’installation et d’exercice des médecins de premiers recours. Les finalités de ces réformes sont d’assurer un égal accès aux soins pour tous et d’améliorer l’organisation de l’offre de soins de premiers recours. Cela passera, et c’est la volonté des jeunes médecins, par la revalorisation de notre profession, à tel point que le slogan de grève « une médecine générale de qualité pour des soins de qualité » a perdu son aspect revendicateur pour être sincèrement acté par les organismes de tutelle.
Premier constat : trop de jeunes médecins généralistes s’orientent vers l’hôpital, les autres filières (urgences ou gériatrie principalement) ou les autres exercices particuliers (homéopathie, acupuncture). Ceux qui s’orientent vers la médecine générale de premier recours (MGPR) le font par le biais du remplacement et se dégagent ainsi du devoir d’installation (on estime à environ 10 000 le nombre de généralistes remplaçants en France pour 60 000 médecins installés pratiquant la MGPR). Il faut donc promouvoir la MGPR incarnée aujourd’hui par la filière universitaire naissante de médecine générale, depuis le deuxième cycle des études médicales, jusqu’à la titularisation des enseignants de médecine générale. Il faut permettre à tous les internes de médecine générale (IMG) de réaliser un SASPAS, de préférence en zone sous-dotée, et en amont recruter massivement de nouveaux maîtres de stage. Il faut créer des postes d’assistants ambulatoires (sur la même base de statut que l’assistant hospitalier) en zones sous dotées et en maisons de santé pluridisciplinaires, d’une durée de 3 ans et avec une rémunération salariée (post-internat).
Deuxième constat : les jeunes généralistes tardent à s’installer (moyenne nationale de la première installation : 37 ans). Les principales raisons sont la crainte de l’installation en isolement professionnel, la dévalorisation ressentie de notre métier et notre volonté affirmée de vivre dans un territoire offrant des potentialités personnelles, familiales et culturelles. Les solutions à apporter pour favoriser l’installation sont la création de guichets uniques régionaux et la promotion auprès des intéressés des mesures incitatives (financières ou organisationnelles). Les installations en maisons de santé pluridisciplinaires, ainsi que celles en cabinets secondaires, devront être encouragées. En fin de journée, la ministre de la santé déclarait dans un grand quotidien que seront débloqués cinq millions d’euros pour la création de 100 maisons de santé pluridisciplinaires à hauteur de 50 000 euros par projet.
Troisième constat : les médecins actuellement en exercice et effectuant une MGPR sont aujourd’hui la proie d’un phénomène nouveau et de plus en plus fréquent : le « devissage de plaque ». Lorsque les conditions d’exercice sont devenues trop pénibles (départ d’un confrère renforçant l’isolement, lourdeur du temps de travail non médical, précarité en début d’exercice de cinq années en moyenne), les médecins se désinstallent et optent majoritairement pour des exercices salariés. Il faudra veiller à améliorer ces conditions d’exercice en cherchant un nouvel équilibre dans les modes de rémunération (paiement à l’acte, salariat, forfait, capitation), en améliorant la coopération entre professionnels de santé et entre la ville et l’hôpital, et en mettant en place des aides organisationnelles destinées aux médecins de premiers recours (mise à disposition de locaux, de secrétariat, etc...).
Ont été bien sûr évoquées les mesures désincitatives en fonction de critères démographiques. Le consensus dégagé par le groupe de concertation permanent déconseille l’utilisation de ces mesures de régulation, vouées à l’échec et opposées par essence à toutes les autres mesures retenues destinées à valoriser notre exercice et non à le contraindre.
La deuxième phase des EGéOS va débuter courant février pour s’achever début avril. Elle aura pour objectif de dégager un consensus concernant les liens à améliorer entre tous les professionnels de santé (autres spécialités médico-chirurgicales, professions paramédicales). La traduction législative de ces EGéOS devrait voir le jour d’ici l’été. Confiance et vigilance seront désormais les deux mamelles de notre engagement.